Il était une fois un petit
village libanais, niché sur le flanc boisé d'une
merveilleuse montagne. Il naquit un soir - ou un matin- ? enfoui
dans le lointain des âges, nul n'aurait su dire quand.

Oh, regardez en vous, les six cents nids de Kfar
Sama... Ils étaient humbles, mais si en harmonie avec leurs
paysages, si paisibles parmi les arbres et les fleurs... On passait
de l'un à l'autre par des sentiers bordés de liserons,
des escaliers biscornus et d'exquis jardinets.
Kfar Sama, avec tant d'autres petits villages
de la terre, naïfs et archaïques comme leurs paysages,
gardait un coeur d'enfant qui battait rythme de sa foi, de ses
tendresses et de la nature; un coeur qui avait la patience des
hivers couvant les semences...

Karim - vous l'ai-je déjà dit?-
naquit un soir d'hiver. Il ouvrit les yeux sur un monde tout blanc.
C'est que, cet hiver-là, le vent du Nord plumait les nuages
bien plus que de raison.

Cet hiver-là, Kfar Sama compta presque
autant de bonshommes de neige que d'habitants. Et les boules de
neige, lancées par les enfants, tourbillonnaient dans l'air,
aussi drues que les flocons.

Une fois de plus la terre s'éveille de
son long sommeil hivernal. La vie renaît dans les plaines,
escalade tout doucement les montagnes...
Bientôt, elles quitteront leurs mantes
d'hermines et revêtiront leurs tuniques aux couleurs d'arc-en-ciel.

Oh! ce parfum de sous-bois et d'enfance heureuse;
ce doux cadeau, si facile et si bon à partager. N'est-ce
là que pauvre bonheur de pauvres gens?
Quelque part dans Kfar Sama, un coq chanta. Geddo
s'éveilla aussitôt et pria: "Béni sois-tu,
Allah, pour ce jour nouveau. Fais qu' avec ton aide, nous le vivions
dans le bon, le beau et la paix. Amine".
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